samedi 10 octobre 2020

Essai BMW R18

Depuis bientôt deux ans, BMW Motorrad mène un teasing très entretenu autour de la sortie d'une machine totalement en décalage avec le reste de la production : la R18. Rien de moins que le plus gros flat twin qui soit, avec ses deux grosses gamelles cubant donc 1802 cc (d'où l'appellation "18"), implanté dans une moto au look entre cruiser et bobber. Pour sûrs, les Bavarois ne nous avaient pas habitués à ce genre d'excentricité. Mais on sait depuis la NineT qu'ils sont capables de certains contrepieds magistraux. Voyons voir si ça tient la route ou si c'est juste un coup marketing...

Même si la version finalement disponible dans les concessions s'est sensiblement éloignée du concept original (les impératifs de l'industrialisation et des homologations sont passés par là...), la R18 reste quand même esthétiquement une réussite, en particulier de mon point de vue, lorsqu'elle en en selle monoplace qui dégage le garde-boue arrière. Je reste malgré tout plus circonspect quant aux deux énormes silencieux d'échappement. Même s'ils sont une évidente évocation de la R5 des années 30, leur design est vraiment massif. La norme Euro 5 est aussi en cause probablement, avec ses exigences en termes de filtration des émissions (d'où le volume des pots). Bref, ces pots sont aussi énormes que, malheureusement, aphones. Car oui, quand on a goûté, voire été habitué, au son sortant d'une Harley Davidson (marque forcément référence dans ce segment et à laquelle la R18 ne pourra empêcher d'être comparée), le son qui sort de cette BMW n'est pas très présent.

Au delà de ces "détails", la R18 provoque indéniablement un réel "effet whahouuu", autant sur celui qui vient pour rouler avec qu'auprès du public qui la voit passer. J'ai pu brièvement l'expérimenter lors de mon essai, cette moto fait tourner les têtes. Celles des piétons, celles des automobilistes près desquels vous roulez... et celles des autres motards que vous croisez ! Très rarement j'ai eu l'occasion de remarquer cela avec d'autres machines. Il faut quand même admettre, elle a une sacrée gueule.



Une moto comme celle-là, c'est unique. J'ai souvent eu l'occasion de rouler sur de telles très grosses cylindrées. Pour commencer sur ma Suzuki VZR qui cubait également 1800 cc. Puis sur de multiples Harley. Mais là, ce boxer en impose visuellement comme aucun autre ! Il donne vraiment l'impression qu'on l'a créé et puis qu'on a inventé après une moto autour pour l'habiller. Ce bloc est juste monumental, magistral, incroyable. Son esthétique est impressionnante et soignée dans ses détails de finition, elle est surtout mise en valeur par une moto qui n'en cache rien, bien au contraire. Et ces deux énormes cylindres qui sortent presque de la moto, c'est fou... même quand on est en selle.

En selle, justement ! la R18 est dotée d'un système de démarrage Keyless. la pression sur le bouton de démarreur met en branle le monstrueux bicylindre dans ébrouement caractéristique et un très net mouvement vers la gauche dû au couple de renversement terrible. La sonorité de moteur est bien présente, mais comme dit plus haut, c'est plus calme au niveau des échappements. La selle pilote est généreusement dimensionnée, plutôt ferme mais en fait réellement confortable. La position sera différente des standards du custom. Ici, pas de feet first (bin oui, y'a les cylindres devant !), mais les pieds à l'aplomb, soit sur de classiques repose-pieds caoutchoutés (comme sur ma moto d'essai), soit sur des plateformes (optionnelles). En parlant d'options, elles sont, comme d'habitude chez BMW, nombreuses avec des choses plus ou moins utiles (donc indispensables !). Parmi celles-ci, j'ai noté la présence, sur des motos en showroom, d'un sélecteur double-branche, sans doute pas du tout déconnant à choisir. Le guidon, un pil en mode cornes de vache, tombe naturellement sous les mains, permettant de garder le dos droit. On est donc naturellement en position assise sur cette R18, la position de conduite est juste parfaite pour moi. Les grands gabarits seront peut-être un peu moins à l'aise.



 

L'avantage de l'architecture à plat de ce moteur, implanté dans une moto dont la hauteur de selle "culmine" à moins de 70 cm c'est que, malgré ses 345 kg, la R18 se relève assez aisément de sa béquille latérale, mais aussi que son poids disparaît comme par enchantement dès lors qu'elle roule. J'en ai conduit des gros customs de ce poids, mais jamais je n'ai eu cette sensation de facilité. De ce point de vue, c'est une réussite bluffante. Attention quand même, dans les manoeuvres à l'arrêt le poids reste une réalité !

Comme je suis d'un naturel taquin, j'ai décidé, pour tester cette moto, de l'emmener sur des routes où n'est normalement pas à sa place : en montagne, sans choisir de la route à chèvres si chère aux trails, faut pas pousser quand même. Bref, une montée de Chamrousse par Prémol, ça tourne un peu, mais ça reste large et pas mal revêtu en termes de bitume. Et ça monte ! Un beau terrain de jeu pour juger de ce qu'une machine a dans le sac... Très rapidement, je me suis rendu compte de deux éléments importants : premièrement la garde au sol est vraiment réduite, il faut donc aborder les virages qui resserrent avec une vitesse adaptée, parce qu'on frotte très vite ; deuxièmement, les suspensions travaillent bien sur bon revêtement et autorisent un comportement dynamique irréprochable à la R18, mais sur route dégradée, c'est  réellement très sec à l'arrière, et pourtant je ne suis pas du genre douillet.

A delà de son aspect old school, la R18 est une vraie moto moderne qui bénéficie de technologies tout à fait d'actualité. Elle dispose donc de trois modes moteur : Rain, Roll, Rock (équivalents à Rain, Road, Dynamic, mais avec des appellations plus en adéquation avec le public visé...). Clairement, la R18 a un couple de tracteur permettant de démarrer sur le second rapport sans même avoir à toucher à l'accélérateur. Sur le mouillé, le mode Rain prendra tous son sens pour éviter de se faire surprendre. Sur le sec, en revanche, je ne saurais que trop recommander d'utiliser le mode Rock qui permet de vraiment s'amuser. 



En lui menant un peu la vie dure dans les montées, j'ai trouvé que ce gros boxer manquait quand même un peu de puissance. 91 chevaux, c'est peut-être un peu limite, le couple ne fait pas toujours tout. Cela dit, ma façon de conduire dans cet exercice n'était évidemment pas celui qui est le plus normal pour l'usage d'une telle moto ! Du coup, dans cet usage un peu "sportif", j'ai aussi ressenti un manque de mordant du freinage. Il faut tirer fort le levier pour obtenir plus qu'un ralentissement de l'engin. En même temps, vu le poids de l'équipage...

Malgré son apparente simplicité, l'unique compteur distille moult informations issues d'un ordinateur de bord et on affichera au choix compte-tours, rapport engagé, date, heure, trips divers, conso... mais malheureusement ni jauge d'essence ni indicateur d'autonomie restante ! Vraiment dommage.

Bel effort d'esthétique et de signature lumineuse sur le phare avant de la R18, mais le simple fait d'annoncer la disponibilité en option d'un éclairage adaptatif me laisse penser que la performance de l'origine ne doit pas être exceptionnel, sans être mauvais. Et j'ai trop aimé l'intégration des feux dans les clignotants, ce qui permet d'alléger considérablement le style de l'arrière de la moto. 



Alors, verdict ? La R18 est incontestablement une machine réussie, tant sur le plan esthétique que dynamique. Rien que pour son moteur, que dis-je sa cathédrale mécanique, cette moto fait envie et mérite d'être roulée. C'est une expérience assez incroyable. Mais cela ne doit pas faire oublier quelques points négatifs (selon moi...) : puissance limitée, garde au sol vraiment réduite et freinage manquent de mordant. Pour le reste, même son positionnement tarifaire semble peu éloigné de la concurrence (Harley Davidson FatBoy Slim en ligne directe). Sera-ce suffisant pour se faire une place au soleil d'un marché jusque là pas du tout adressé par BMW ? Peut-être...

Pour cet essai impromptu, une nouvelle fois merci à l'équipe de Moto Speeder

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