samedi 15 juin 2019

Essai Triumph Scrambler 1200 XE

J'avais enfin trouvé un créneau cet aprem pour essayer ce fameux scrambler Triumph dont la presse unanime vante les mérites. Las, au bout de 10 minutes, un véritable cataclysme s'est abattu sur moi : pluie diluvienne, vent, grêle... rien ne m'a été épargné ! Mais comme j'étais déjà trempé de la tête aux pieds en 30 secondes, je n'ai pas renoncé et j'ai continué ma route pour profiter un peu de cette machine ! Et je n'ai pas été déçu...

Malgré ces conditions déplorables, le petit parcours effectué avec ce Scrambler XE m'a conforté dans la bonne opinion que j'en avais a priori... et m'a surpris sur certains points ! Tout d'abord, il convient de poser un état de fait qui constitue la pierre angulaire de ce qu'est cette moto : contrairement à ce que Ducati et BMW ont fait en transformant un roadster en scrambler, avec donc des aptitudes offroad limitées, Triumph a choisi de partir d'une base mécanique certes commune avec des machines type roadster (mais aussi bobber, cafe racer...), mais en créant une vraie nouvelle machine résolument orienté dans sa conception vers le trail. Et si, de loin, les grandes lignes et les codes esthétiques sont approchants, dès que l'on rentre dans le détail cela change tout ! Les diamètres de roues, les débattement de suspensions, l'angle de chasse de la fourche, tout est pensé sur ce XE comme sur un trail... mais en l'ayant imaginé avec les canons de beauté de la nouvelle mode néo-rétro. Aussi techno dans le détail que les plus modernes des routières, ce Scrambler XE semble capable de s'adapter à toutes les situations, sur bitume comme en dehors.





La simple observation à l'arrêt de cette moto évoque la qualité... et donne envie de partir rouler ! Les détails sont soignées, les matériaux bien choisis, l'assemblage de belle facture et la finition générale est clairement dans ce qui se fait de mieux dans l'univers moto généraliste d'aujourd'hui. Franchement, cela fait envie, de la belle peinture aux jantes à rayons tangentiels, aux étriers de freins Brembo M50, aux suspensions "dorées" de chez Öhlins, du bras oscillant en aluminium aux pare-mains à structure métallique, du traitement de surface des composants du moteur à l'écran YTFT couleur qui fait office de tableau de bord... Il faut vraiment aller farfouiller dans le sombre pointillisme pour trouver à redire à la présentation de cette XE qui, en plus (mais cela est subjectif) est diablement jolie dans cette robe bleue ! Et pour ceux qui voudraient la rendre encore plus sexy, il existe bien sûr moult accessoires de personnalisation pour fignoler l'esthétique... mais aussi parfois les aspects pratiques (crash bars...).
Mais comme une moto, c'est avant tout fait pour rouler, il me tardait de voir si le ramage valait le plumage. La première surprise, c'est que même avec une selle perchée à 870 mm de hauteur (!!!), je ne me suis jamais senti en difficulté. Mais enfin, cela impose quand même de réfléchir et regarder où on s'arrête, parce que les dévers ne sont pas les bienvenus pour parvenir à ce que les pieds touchent le sol avant la moto elle-même ! Dès les premières centaines de mètres parcourues, la facilité à conduire cette machine m'est apparue. Malgré ma petite appréhension récurrente dès lors qu'il s'agit de rouler avec une moto dotée d'une roue avant de 21', ici tout m'a semblé naturel et instinctif.




J'étais curieux de savoir ce que donnerait ce fameux moteur 1200 (que j'avais essayé dans une autre configuration sur les Bobber et Bobber Black l'an passé) sur cette moto. Hé bien il y est bien à son aise, avec une puissance largement suffisante de 90 ch, un couple bien présent dès les bas régimes et une très grande souplesse qui permet, chose surprenante pour un bicylindre de cette taille, d'enrouler sans hoquet sur le bas du comte-tours. Alors bien sûr, s'il a un caractère certain, ce moteur est plutôt du genre linéaire et pas rageur, ce qui pourrait en décevoir certains, dont je ne suis pas. De fait, on peut donc enrouler peinard sur route, sur un rapport élevé permettant de garder la consommation dans des valeurs très raisonnables et en rapport avec un réservoir de capacité moyenne. On pourra aussi si l'on souhaite s'énerver un peu tomber une ou deux vitesses et envoyer plus fort dans le gras de ce 1200 qui n'y rechigne vraiment pas. L'échappement laissera alors encore plus échapper un grognement sourd qui ravira les "mélomanes", mais vouloir augment sérieusement le rythme sur bitume demandera au préalable de modifier la contrainte des suspensions à la base réglée pour une orientation résolument typée offroad ! De fait, la fourche amortit bien, mais plonge vraiment trop sur les freinages appuyés (et avec le système de freinage disponible sur ce Scrambler, cela arrive vite !) et comme l'arrière est souple aussi, on pourra vite avoir l'impression de faire du cheval à bascule. par ailleurs, ce n'est pas ce qui garantit la meilleure conduite de courbe en mode arsouille sur l'angle. Mais pour qui roule normalement et surtout veut sortir du bitume, alors les réglages d'origine seront très bien adaptés, tout assurant un réel confort bien agréable.
Une autre question qui se pose forcément à l'étude de cette moto est celle de la chaleur dégagée par son échappement en position haute. Autant le dire tout de suite, ce n'est pas avec les conditions de roulage d'aujourd'hui que je pourrais valider un avis définitif. Mais je pense que ce qui doit être du négligeable en roulage normal pourra vite devenir anxiogène en plein été en circulation urbaine. Vous ne vous cramerez jamais la couenne sur le pot, mais il se pourrait que la sensation de surchauffe soit assez présente dans cet usage. En tous cas, ce n'est personnellement pas une donnée qui, a priori, me ferait renoncer à l'achat de cette machine.



Reste malgré tout que l'absence de tout aspect pratique (on ne va pas affubler une telle moto d'un hideux top case !) et la protection des plus sommaires sont difficilement conciliables avec un usage au quotidien. Quoi que, on est bien capable, en s'organisant, de gérer cela si on le souhaite vraiment. Autre point un peu gênant de mon point de vue, le tableau de bord. Il est magnifique et TRÈS richement renseigné... mais un peu petit. Du coup, certaines informations sont à peine lisibles pour mes yeux fatigués, surtout que je ne porte pas de lunettes en roulant (je n'en ai pas besoin). Dommage, parce que pour le reste, c'est sacrément joli et bien réalisé.

Affiché à quasiment 16.000 €, le Scrambler 1200 XE vient directement en concurrence avec des machines plus polyvalentes (Honda Africa Twin ou Triumph Tiger 800 par exemple)... mais il est vraiment plus stylé et classieux ! Il est aussi plus cher que la plupart des autres scramblers de la concurrence BMW, Ducati...)... mais il est d'une finition et d'un équipement bien supérieurs et surtout il est réellement très performant sur le terrain du offroad, là où lesdits autres scramblers pourront sans doute juste aller tremper leurs roues dans la poussière d'une piste. En fait, le Triumph Scrambler XE est seul sur son créneau et rien que pour cela mérite une attention particulière. En tous cas, c'est de mon point de vue une magnifique et excellente machine pour se faire plaisir à moto !

Aucun commentaire:

Publier un commentaire