Un peu excentrées du "fond" de la cuvette, les gorges de Crossey sont malgré tout un spot majeur de la grimpe locale, pourtant souvent négligés des grimpeurs grenoblois. La demi-heure de route nécessaire pour y aller n'y est sans doute pas étrangère, tout comme une certaine réputation de vieillerie patinée. Et pourtant, on y trouve tant à faire, avec quelques pépites avec du rocher 5 étoiles, de nombreuses nouvelles voies au fil des dernières années... et pour tous les niveaux !
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| Delphine dans Ultime err'Anx, 8c, Trou de l'Aigle © J. Chavy |
J'ai commencé à grimper en 1980. À cette époque reculée, les sites d'escalade sur le bassin grenoblois étaient très loin d'être aussi nombreux qu'aujourd'hui. Il y avait Saint Égrève, Les Vouillants, Comboire, Pont de Claix, Lans en Vercors... et Crossey ! Dans ces gorges plus proches de Voiron que de Grenoble, les falaises sont innombrables, avec des hauteurs, des profils et des orientations très variées, rendant possibles des escalades quasiment en toutes saisons et pour des grimpeurs de niveaux débutants à experts. L'exploitation de ces parois a débuté dans les années 60 et n'a depuis pas cessé, sous l'impulsion successive de divers acteurs : d'abord le club d'alpinisme Amitié-Nature de Voiron, puis la FSGT, puis les dynamiques jeunes grimpeurs du club voironnais EVA, sans parler de quelques actions individuelles et de multiples occasions. Or donc, dans les années 80, j'ai écumé ce qui existait alors, le secteur Crossey 1, avec ses multiples sous-secteurs. Les voies y étaient, déjà à l'époque, un peu patinées, mais offraient l'intérêt d'être plutôt pas trop mal équipées et (pour bon nombre d'entre elles) accessibles par le haut pour y poser une moulinette en cas de but... J'ai écumé ces falaises en long et en large pendant une bonne décennie, y réalisant à peu près toutes les voies, de plus belles au plus bousiques, des plus longues au plus courtes (presque des blocs), des plus classiques au moins parcourues. Ces mêmes bouts de caillou ont m'y ont même vu faire mon premier 7b (Le spot des Marcel) et mon premier 7c (Local blaireau), au secteur Sous les buis.
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| Christophe Bellin dans l'un des ses récents chefs d'oeuvre, Les chemins noirs, 8a, Trou de l'Aigle © J. Chavy |
À la charnière des années 80 et 90, Jean-Claude Pinna se lança dans l'exploitation du secteur Crossey 2, auquel on donnera finalement son nom. Accessible via une étroite gorge sauvage et donnant accès à de petites barres nichées dans un écrin de verdure, ce secteur a alors proposé un regain d'intérêt pour Crossey avec du rocher tout neuf et des voies bien sympa du 5 au 7c+, dont quelques superbes lignes dans la barre supérieure. En parallèle, les membres d'EVA exploitent les grandes parois sur l'autre rive des gorges, avec surtout les murs du Trou de l'Aigle, devenue la zone Crossey 3. Ici, l'attrait des falaises est la hauteur des murs, offrant des escalades jusqu'à six longueurs, la qualité exceptionnelle du rocher dans les zones grises sculptées comme parfois au Verdon (oui oui !) et surtout la possibilité de grimper à l'ombre l'après-midi ! Alors oui, ces voies nécessitent pour la plupart un petit temps d'adaptation pour les apprécier. Un petit (voire gros) brossage est souvent nécessaire en début de saison, le rocher ayant une fâcheuse tendance à redevenir poussiéreux dès qu'il n'est pas fréquenté. L'escalade est très exigeante, sur un rocher sculpté mais dissimulant souvent ses prises, rendant l'escalade à vue (la vraie, sans trace de magnésie; ni tickets...) vraiment délicate. Par ailleurs, même si vous trouvez les prises de main, les pieds sont encore plus complexes à travailler et charger. L'équipement est bien pensé, mais demande parfois (souvent ?) un minimum d'engagement et les cotations sont rarement cadeau...
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| En cherchant bien, on trouve même des bouts de colonnettes à Crossey ! Ici lors de ma découverte de Slow Climbing, 7c+ |
Pour faire bonne mesure et proposer des choses plus abordables, plusieurs autres secteurs ont été développés. Sur le même côté ombragé, on fera mention des secteurs Grandes voies, La grotte, 2012 et Crackomania qui présentent tous des caractéristiques variées, mais au total des voies qui méritent le plus souvent une visite. En face, ce sont les secteurs PAT et Dalle de la Source qui sont devenus des classiques, à raison. PAT, par exemple, recèle une belle concentration de voies en 6 très bien équipées et dont certaines se déroulent sur un magnifique rocher. Quant à la douzaine de voies de la Source, elles sont peu raides, bien ensoleillées et idéales pour les grimpeurs en progression dans le 5ème degré, aux portes du 6. Comme pour la quasi totalité des secteurs de Crossey, ces deux falaises sont accessibles par une marche d'approche très réduite de 15 minutes maximum, via des sentiers larges et faciles. Ceci est évidemment une information qui devrait ravir les grimpeurs de mon genre, ceux pour qui le moindre effort pour atteindre le rocher est toujours la meilleure option !
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| Delphine dans la première longueur de Crackomania, 6a+, au secteur du même nom |
Revenons-en au Trou de l'Aigle, où il y a eu le plus de nouveautés au cours des récentes saisons et où on se régalera probablement des plus belles sections de rocher des gorges. Tout à droite, se trouve un projet en possible 9a, Oncle Edmond ouvert par Thibaud Cattelain. Plus à gauche, The loneliness of the long distance runner a vu son itinéraire modifié avec une sortie directe qui fait monter la température à 8b. La sortie par la gauche reste toujours possible (autour de 8a+), mais elle sert maintenant de sortie à une autre ligne qui prend le même départ mais se sépare à gauche après le passage du toit. la première ascension reste à prendre, ça ne sera pas moins de 8b... Dans le mur mythique à gauche, de multiples combinaisons de voies sont possibles, la plus belle étant sans doute Ultime err'Anx, 8c (départ dans Ultime dem'Anx, après la vire on traverse à droite et sortie par Vagabond d'Ocidd'Anx). En continuant vers la gauche, on ne manquera pas Les chemins noirs, un nouveau 8a situé entre Les grimpeurs ne resteront encore pas sans voie (8a+) et Les grimpeurs ne resteront toujours pas sans voie (7c). On trouvera aussi une ligne à droite de Ravage, qui reprend un court passage de la première longueur puis reprend rapidement son indépendance, pour un ensemble proposé à 7c (mais qui pourrait bien être un peu plus dur...). Autre nouveauté à aller visiter impérativement, dans le dièdre à gauche de Persiste et signe, une très belle ligne sans doute autour de 8a+, avec quelques monodoigts qui laisseront des souvenirs et des sections bien techniques et exigeantes tout au long. Les morts de faim n'auront pas manquer de voir aussi la belle trajectoire de Les promesses de l'âge, un superbe 8a situé juste à droite des Orbes fatales et dans lequel il faut être malin et bien gérer son effort jusqu'au bout pour voir le relais. Et puisqu'on parle des Orbes fatales, la nouveauté juste à gauche vaut elle aussi son pesant de pas de dalle sordides et autres joyeusetés dans la partie haute, pour un ensemble sans doute autour du 7c+... Toutes ces lignes sont l'oeuvre de l'infatigable Christophe Bellin.
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Dans la première section de ANX, 8a de référence du Trou de l'Aigle
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Non content d'épuiser le stocks de possibilités ici, le même Christophe a sévi plus à gaucheau dessus du terrain de trial, où existaient déjà deux voies :
Arrête ton char Bachar, 8a et sa variante de sortie en 8a+,
Le pendule pend au nez des nuls, un incroyable traversée horizontale de 20 mètres suivant une hallucinante ligne de trous naturels. À gauche du 8a, on trouvera donc deux voies avec un court départ commun : à gauche part
Con, finement, 7b+ avec un passage physique dans une conque blanche puis une belle sortie en mur gris ; tout droit c'est
Le monde d'après, 7c tout simplement majeurissime. Enfin, en prenant la première section dur du 8a puis en partant à droite, c'est
New World Order, un 8b sacrément technique et à doigt qui peut lui aussi être pimenté en sortant par
Le pendule... Les plus curieux d'entre vous et les chasseurs de croix iront quant à eux remonter le talus un peu à gauche de ces voies pour trouver un mini-secteur des trois pépites peu parcourues. de gauche à droite on aura droit à
Slow Climbing, 7c+ avec une mini-colonnette bien torride,
Fortitude en 7c pas si commode dès le départ et
Un monde grégaire, pour un 8a bien technique où faut être un peu astucieux. Ici, ce sera tranquillité assurée, on n'a absolument jamais croisé âme qui vive...
Vient ensuite, plus à gauche encore, le tour du secteur Crackomania qui semble enfin recevoir l'engouement qu'il mérite. Sur la partie gauche, se trouvent des voies, pour certaines en plusieurs longuuers, développées par Pascal Tanguy, allant en gros du 6a au 7a+. Dans le beau mur bleu à droite de la première longueur de Crackomania (la voie), Christophe a laissé une belle ligne directe en 8a, Flemminisme. Mais la perle du coin, c'est toutes les voies du beau mur de droite, un bijou gris d'une quarantaine de mètres de haut. Les deux premières voies (Sororité et L'étoile de Lise) y ont été ouvertes également par Pascal Tanguy, mais c'est encore une fois Christophe Bellin qui a achevé l'exploitation de la face. Tout est ici à faire, avec de droite à gauche : À tous ceux que le monde émerveille, 7b bien technique, Conteur d'étoile, 7c solide avec une section bloc qui laissera des souvenirs, Le rêve d'Hubert, 8a varié et d'ampleur, Patience dans l'azur, 7c+ complètement incroyable, L'étoile de Lise en 7c (7a au premier relais intermédiaire) dont la partie haute est collector et Sororité, 8b avec un départ bloc dans un bombé puis une splendide envolée technico-physique à ne pas manquer.
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| Delphine dans la première ascension Ultime Err'Anx, 8c © J. Chavy |
Voilà, on a fait le tour des nouveautés et de pourquoi Crossey est et devrait rester un sport majeur pour tout grimpeur cuvettard qui se respecte. Pour fréquenter le site depuis des décennies, je note que la fréquentation a clairement repris depuis quelques années, après un visible désamour pendant un certai n temps. Le spot pourrait jouir d'un avenir radieux si les capacités d'extension de nouvelles voies et secteurs se faisaient jour. Il est malheureusement probable que ce ne soit que partiellement le cas, non pas par manque de rocher, car il y aurait encore de nombreuses possibilités, mais plus par capacité à aller explorer les faces vierges (interdictions, propriétés). Le potentiel est là, mais devra-t-on juste le regarder sans le grimper, cela reste à écrire...
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