vendredi 22 mai 2026

Essai BMW R 1300 R : le roadster énervé, mais civilisé !

Dans la série R de BMW, traditionnellement équipée du fameux bicylindre à plat, ce sont les modèles RT et GS qui occupent depuis toujours le devant de la scène. Mais la gamme ne s'arrête pas à ces deux égéries emblématiques et le roadster R, même si plus confidentiel dans la diffusion, n'en reste pas moins digne d'intérêt. Il a même ses aficionados inconditionnels qui voient en lui le meilleur exemple de polyvalence de la marque bavaroise. Avec sa récente version 1300, cette moto conserve-t-elle tout son attrait ?

Le roadster R equipé d'un flat existe dans la gamme BMW depuis la nuit des temps. Même s'il est devancé dans les ventes, depuis au moins trois décennies, par d'autres modèles, il reste selon moi l'archétype de la vraie moto polyvalente : position de conduite peu contraignante, capacité à être équipée d'une bagagerie rigide complète et au volume conséquent pour le voyage, aptitude au duo, possibilité d'accessoirisation avec des bulles plus ou moins hautes... Cette moto peut se transformer soit en machine (relativement !) légère capable d'arsouiller dans les virages et petites routes, soit en routière capable de vous emmener même sur autoroute pour un voyage au long cours. Elle peut s'avérer être un daily idéal aussi bien qu'une machine plaisir pour le week-end.

Au fil de l'évolution en cylindrée de la gamme R (100, 1100, 1150, 1200, 1250...) le roadster R a eu tendance à devenir de plus en plus sportif. Avec cette version 1300, on franchit encore un net cap dans la sportivité ! Cela ne se traduit pas seulement par la puissance de son moteur qui atteint désormais 145 cv, ni par le caractère plus rageur de celui-ci ; non, la moto est sensiblement plus raide que les R 1200 R ou même R 1250 R que j'avais auparavant essayés. Cette R 1300 R donne l'impression qu'elle veut aller jouer sur le terrain des gros roadsters méchants du marché, comme la KTM 1390 Super Duke par exemple. Et elle laisse, du coup, une drôle d'impression : des intentions évidentes de confort (assise, position...) mais une très grande raideur générale (cadre, suspensions). Ne nous méprenons pas, je ne dis pas que cela ne fonctionne pas, mais c'est clairement une évolution notable par rapport aux générations précédentes. Oui, cette 13 R est plus sportive. Ceci dit, je ne pense pas me tromper en disant que c'est l'ensemble de la gamme BMW qui suit cette tendance... Probablement qu'en ciblant une clientèle plus jeune (renouvellement de générations motardes oblige), c'est une évidence dictée par le marketing.




Passé cette première phase de surprise, je me suis trouvé malgré tout immédiatement à mon aise sur cette moto. L'assise est confortable, la bascule sur le guidon limitée pour ne pas solliciter les poignets, les repose-pieds assez hauts et un peu reculés mais pas contraignants pour ma taille. Même en mode Road, le moteur dispense un coup de pied au cul instantané qui fait bondir la machine d'un virage à un autre dans un rugissement étonnant et amusant. Cette 13 R conserve bien sûr ce qui fait la force des motos équipées du flat : un équilibre redoutable et une facilité déconcertante à se mettre sur l'angle et se basculer d'un côté à l'autre. Bien que ce soit un bicylindre de fort cubage, le moteur s'avère aussi souple qu'il peut être rageur, acceptant de rouler au pas à 2.000 tours et de reprendre vigoureusement à ce régime sans même hoqueter. En passant en mode Dynamic, on change encore de sport et le catapultage est radicalement surprenant, c'est même presque trop pour les toutes petites routes de mon essai ! Sur l'angle, le comportement de ce roadster est absolument irréprochable et les limites de passage en courbe seront celles du pilote et non celles de la machine. Mise entre des mains expertes, il est très probable que cette moto fasse transpirer quelques motards posés sur des machines au profil pourtant plus sportives. 
Autre point de satisfaction, le freinage. De mémoire, je n'ai jamais ressenti cette puissance de freinage sur aucune des motos BMW que j'ai possédées ou essayés ! Seuls mes expériences passées sur quelques Ducati alors dotés de Brembo M50 m'avaient laissé la même sensation, celle de devoir le poser qu'un doigt au levier pour ne pas tirer trop fort. Et le frein arrière fait aussi bien plus qu'être un simple ralentisseur...





On pourra également se régaler du niveau d'équipement possible sur cette machine, évidemment en allant piocher du côté des packs et des options, BMW oblige. Mais en mettant la main au portefeuille, il est possible d'équiper cette 13 R quasiment au même niveau qu'une grande routière : selle et poignées chauffantes, régulateur de vitesse adaptatif, shifter (boîte robotisée ASA disponible en option), paramétrages personnalisés de la moto, grand écran TFT qui a fait ses preuves depuis des années... il ne lui manquera rien pour être au top au fil des kilomètres. En lui mettant deux valises (et pourquoi pas un top case), il sera aisé de partir pour de longs périples.
La finition est elle aussi de très haut niveau. Vous me direz, que c'est normal vu le tarif... Pour une fois, l'échappement d'origine, même s'il ne plaira pas forcément à tout le monde, prend un vrai parti stylistique qui me plaît franchement. Et comme il chante bien aussi, cela ne gâche rien. Selon moi, aucun besoin de passer par un silencieux optionnel. Tous les matériaux et ajustements sont soignés, de même que tous les traitements de surface, aussi bien sur les parties plastiques que métalliques. Cette machine devrait bien vieillir. Un seul point de critique de mon point de vue : le placement des rétroviseurs, que je n'ai pas réussi à régler sans les obstruer d'environ un quart par mes bras.
La seule limite en rythme de croisière autouroutière sera bien sûr l'absence de protection du haut du corps. Les jambes et les pieds sont relativement abrités derrière le réservoir et les cylindres qui dépassent, mais pour le buste et la tête, nada ! Et, autant les générations précédentes toléraient assez bien l'ajout d'un saute-vent, voire d'une bulle moyenne, autant cette 13 R me paraît difficilement pouvoir en faire de même... Évidemment, là n'est pas son programme d'utilisation, mais on perd ici un peu en polyvalence d'usage.
Une autre remarque à faire, celle de la chaleur dégagée par ce bloc 1300. Lors de mon essai, il faisait autour de 20° et j'ai déjà ressenti la chaleur du bloc en roulant à vitesse modérée. Lors d'un passage en agglomération, j'ai même eu la surprise de voir le ventilateur se déclencher après moins de 5 minutes de parcours urbain. Définitivement, cette machine n'aime pas l'immobilisme et prend ses aises dès lors que le rythme augmente !




Alors, que retenir de cet essai ? Tout d'abord que la 13 R a pris un sérieux virage par rapport à ses devancières. Entre le moteur qui pousse sans jamais s'arrêter et la partie cycle nettement plus rigide, l'aspect sportif de ce roadster est plus que jamais mis en exergue. Pour les reste, on est en terrain connu chez BMW : technologie à la pointe (sauf sur certains points vraiment agaçants comme l'absence de vraie connectivité CarPlay ou de commodos retro-éclairés...), comportement routier au dessus de toute critique possible, finition exemplaire... et tarif à l'avenant. Sur ce dernier point néanmoins, ce roadster est malgré tout la porte d'entrée de la gamme R 1300 et on aurait sans doute tort de la négliger si l'on n'a pas besoin de la protection conférée par une RT sur autoroute (ou très longs trajets) ou que l'on ne veut pas rouler comme "tout le monde" sur une girafe haute sur roues avec une GS/GSA ! Bref, cette moto est selon moi une très belle réussite, même s'il est probable qu'elle ne satisfasse pas totalement ceux qui avaient l'expérience des 1200/1250 R.

Encore une fois merci à l'équipe de Moto Speeder 38 pour son accueil et le prêt de cette moto d'essai.

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