samedi 18 juillet 2026

Sudation et poignées chauffantes dans les cols alpins

Ça m'a pris comme une envie de pisser le matin : et si j'allais à l'Iseran ? Ni une ni deux, me voilà harnaché et avec une idée de parcours, évidemment pas du tout direct, histoire de bien profiter des virolos à gogo.

Une belle virée dans les cols alpins, si l'on veut que ça se passe bien, ça se prépare... ou pas ! Pour moi, c'est plutôt "ou pas". Mais bon, j'ai l'immense avantage de jouer à domicile, comme on dit. Ces cols, je les ai, pour la plupart, parcourus de très nombreuses fois, je sais à quoi m'attendre, j'en connais les plaisirs et les pièges. Parmi ces derniers, il y a inévitablement la météo. Et pour aujourd'hui, celle-ci semble plutôt mitigée pour l'après-midi, annonçant de possibles orages, en particulier sur les reliefs. Du coup, comme je suis prudent et prévoyant, j'emporte avec moi des surcouches étanches, au cas où... Mais comme je suis un couillon qui gère en mode "ou pas"... bin j'oublie les gants étanches et chauds ! Mais bon, c'est au cas où, hein...  Allez c 'est parti, on va improviser, mais pas vraiment ! Pour commencer, on va se grignoter un bel apéro avec le Glandon que je vais parcourir dans le sens inverse d'il y a deux semaines. C'est fou comme faire une route dans l'autre sens change complètement la perspective des lieux, c'est presque comme si l'on était ailleurs. Et pourtant, dieu sait que je les connais ces routes et ces paysages !




La descente dans la Maurienne, bien que faite en milieu de matinée, me rappelle déjà que la chaleur sera bien de la partie au cours de la journée. Une fois au fond de la vallée, c'est pas compliqué de savoir où aller : on va monter pile en face, direction le col de la Madeleine, qui assure la jonction entre vallées de la Maurienne (Mort Hyène diraient les mauvaises langues... dont je suis ! Une année passée dans la vallée m'a vacciné...) et de la Tarentaise. Tiens, d'ailleurs, vous savez pourquoi les Mauriennais ont des grandes oreilles ? C'est parce que quand ils sont tout petits, les parents les attrapent par là pour les soulever et regarder de l'autre côté en disant "T'as vu comme c'est beau là-bas ? Bin c'est la Tarentaise !" À noter qu'en Maurienne on raconte la même histoire en remplaçant Mauriennais par Tarins et Tarentaise par Maurienne... Bref, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos vaches d'ailleurs, puisqu'ici ce sont elles qui occupent majoritairement les alpages. La première partie de la montée, jusqu'à St François Longchamp, n'est pas plus intéressante que cela, m'enfin ça reste quand même de la route de montagne qui tourne. En revanche, les quelques kilomètres suivants, pour accéder au col, sont bien plus attrayants.





La descente vers La Léchère me fait le même coup qu'une heure plus tôt : de plus en plus chaud, avec un cran supérieur, on atteint désormais les 30° dans la vallée, après les dizaines et dizaines de virages de cette route tortueuse. Un petit coup de voie rapide me conduit jusqu'à Albertville où j'ai l'intention de récupérer la route de Beaufort. Oui oui, Beaufort comme le fromage du même qui qui est bel et bien fabriqué ici dans les fruitières de montagne. Même si on a pris un peu d'altitude, la chaleur reste ici écrasante, alors je choisis de ne pas m'attarder et de filer plus haut vers... Roselend bien sûr, avec son barrage, son lac aux eaux turquoise et son fameux "cormet", autre nom local pour un col. Autant vous le dire tout de suite, on a beau connaître le coin comme sa poche, c'est chaque fois un choc visuel et émotionnel de (re)découvrir ces lieux. Définitivement l'un des plus beaux coins des alpes !






Pour aller sur Bourg St Maurice, on commence par descendre et traverser la vallée des Chapieux, un spot merveilleux pour les amateurs de tranquillité, de verdure et de montagne. Nombreux étaient ceux qui y venaient bivouaquer, je ne sais pas si c'est encore autorisé... La suite de la descente est assez joueuse, mais piégeuse parfais, il faut rester prudent, d'autant que les cyclistes sont nombreux et que le bitume commence à fondre par endroits. Bourg St Maurice est telle que je l'attendais : un four ! On atteint désormais 35°, il est midi environ. Juste le temps de refaire le plein de Fée Clochette (qui ne boit pas tant que ça, en fait) et je m'enfuis le plus vite possible de la fournaise. Après Séez, je double un groupe d'Autrichiens... sauf le leader qui décide de ne pas me laisser passer et au contraire dégoupiller sévère. Moi ça me va d'avoir un bon lièvre... L'animal a un sacré coup de guidon et mène sa 1250 GSA à grand train, en duo qui plus est, au point de faire frotter plusieurs fois les valises... ouille les Vario ! Il s'arrête malheureusement après le lac de Tignes, se rendant sûrement compte qu'on a largué sa bande de potes à quelques minutes derrière. J'en profite pour faire une pause photos.



Je repars rapidement dans la roue d'un Italien, mais il me repasse la main dès la sortie de Val d'Isère. Pour une fois, je décide de passer Fée Clochette en mode Dynamic pour l'amortissement comme pour les gaz ! En avant Guingamp, il n'y a presque pas un chat sur la route et on n'est pas là pour acheter du terrain... Quelques rotations de poignet plus tard, me voilà déjà en haut du col de l'Iseran, à 2770 mètres d'altitude. Il ne fait plus "que" 14° et il y a un vent à décorner les cocus, mais je profite de l'instant et discute même avec un solide gaillard allemand, de 10 ans mon ainé et qui roule lui aussi en R 1200 R LC, laquelle il a emmenée au Nordkapp l'an dernier ! En scrutant le paysage, j'aperçois beaucoup de gris dans le ciel et même un monstrueux rideau de pluie sur la vallée de la Maurienne... Pas gagné de passer au sec !



Pas le temps de faire deux kilomètres dans la descente vers Bonneval que l'orage m'est tombé dessus, radical. Le temps de m'arrêter, sortir et enfiler les affaires de pluie, que me voici quasi trempé dessous ! Mais quel boulet... Après 20 minutes de roulage dans des conditions dantesques, je ne vous raconte pas l'état des gants d'été. Le thermomètre m'a indiqué 10° dans la descente du col. Seule solution de survie, mettre les poignées chauffantes à fond ! Heureusement que ça n'a pas duré, dès Lanslebourg j'ai pu faire une halte pour ôter les surcouches étanches et faire sécher un peu les gants, un sur chaque cylindre ! J'ai beau le savoir, parcourir cette vallée de la Maurienne est interminable. Heureusement, la haute vallée (globalement entre Bonneval et Modane) et bien plus belle et ouverte que la partie basse, bien plus fermée et industrielle). Petite photo souvenir des forts d'Aussois, où j'ai beaucoup travaillé en 1996.


Parvenu enfin à St Michel de Maurienne, j'y trouve une moiteur tropicale qui ne m'incite pas à y faire halte. Je retrouve mon Italien vu dans l'Iseran, mais il n'est toujours pas d'humeur à jouer l'ouvreur, alors je m'y colle... toujours en mode Dynamic, cela va de soit. Quel régal que cette montée, parfois rapide, parfois en virages très serrés. Pour une fois, je fais halte au col du Télégraphe, qui mérite bien quelques photos.



Reste un beau morceau de choix, une fois dépassé Valloire, la montée finale vers le Galibier et ses plus de 2600 mètres d'altitude. Là aussi, je fais cette route dans le sens inverse de la dernière fois et là aussi je suis stupéfait de la différence de point de vue sur la nature des lieux. Il y a ici de nombreuses similitudes avec la Bonnette, paysages quasi lunaires. En tous cas, pas de pluie à l'horizon, je crois que je vais jouer de chance car, profitant du roulage et de la chaleur dans la vallée, mes vêtements et mes gants ont totalement séché. Ici aussi, seulement 13° et vent fort, je ne m'attarde pas plus que ça.




Il ne reste "plus qu'à" rentrer à la maison, par le Lautaret, La Grave, Bourg d'Oisans et la vallée de la Romanche. Au fil de ma progression, le thermomètre s'affole et atteint 39° à Vizille. Je suis en train de me liquéfier dans ma veste, heureusement il ne reste que 20 minutes à rouler aveant de retrouver la fraîcheur... de mon garage en sous-sol ! Encore une bien belle virade qui laissera quelques souvenirs...

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